Balades sans voiture : quels villages du Pays d’Auge découvrir depuis Pont-l’Évêque ?
On croit souvent que le Pays d’Auge est une terre réservée à l’errance motorisée. Pourtant, Pont-l’Évêque, situé sur la ligne Caen-Paris et au carrefour...
Évasion au Lac de Pont l’Évêque
Nul ne saurait évoquer le développement économique du territoire sans accorder une place à Louis Dupont (1877-1960), éleveur et fromager installé à Saint-Philbert-des-Champs. Il hérita d’une petite ferme familiale, mais c’est à force d’innovations qu’il a transformé l’exploitation en l’une des premières fromageries artisanales à porter le nom de Pont-l’Évêque en AOC. Son pari, amorcé dans les années 1910, consistait à fédérer des producteurs autour d’une même exigence qualitative et à structurer davantage la distribution.
Le fromage, produit dès le Moyen Âge dans les abbayes environnantes, est ainsi devenu un moteur économique, générateur de filières et d’emplois stables dans le secteur, comme le rappellent les données INSEE (2021) : près de 650 emplois directs sont liés à cette filière sur le canton.
Au début du XXe siècle, les besoins énergétiques s’intensifient sur l’axe Lisieux-Deauville. Claude Dolléans, meunier de la Touques, imagine alors d’industrialiser le moulin familial, profitant du débit constant pour installer turbines et génératrices. À la clé :
Visionnaire, Claude Dolléans fut l’un des premiers à entrevoir la complémentarité entre industrie du bois et développement durable, initiant des replantations de hêtraie pour compenser l’usage des forêts domaniales alentour.
La pomme, avec ses vergers aux alignements soigneusement taillés à flanc de colline, est indissociable des paysages du pays d’Auge. La famille Launay, installée à Saint-Julien-sur-Calonne depuis le XIXe siècle, a joué un rôle précurseur :
Leur impact sur le développement économique fut d’autant plus marqué qu’ils s’impliquèrent dans les coopératives agricoles et les unions de producteurs, anticipant la tendance actuelle au retour au local et à la valorisation des terroirs.
Si l’histoire a trop souvent laissé dans l’ombre les femmes rurales, le secteur ne serait pas ce qu’il est sans l’engagement de figures telles que Marguerite Bailleul, coordinatrice de la Mutuelle Agricole Féminine fondée au sortir de la guerre. Entre 1946 et 1960, elle organisa des ateliers de formation pour les épouses d’éleveurs, axés sur la gestion de la ferme, la production laitière et la valorisation des sous-produits (source : Revue Agricole du Calvados, 1959). On lui doit :
Dans les années 1980, alors que de nombreux territoires ruraux souffrent d’exode, Jean-Louis Bigot, entrepreneur né à Pont-l’Évêque, imagine que le lac pourrait devenir un pôle d’attractivité touristique. Après avoir constitué un groupement foncier avec quelques investisseurs locaux, il investit dans la première base nautique privée :
Le secteur touristique compte désormais près de 220 emplois directs autour du lac, et son dynamisme entraîna, dès les années 1990, des créations de chambres d’hôtes et de restaurants, poursuivant l’élan imprimé par ces premiers entrepreneurs locaux.
Simone Leroux, cuisinière autodidacte ayant pris la tête de l’auberge familiale en 1952, a su hisser la gastronomie locale au rang d’ambassadeur du territoire :
Son rayonnement a fait de Pont-l’Évêque une étape incontournable sur la route des gourmets, inspirant de nombreux chefs à valoriser circuits courts et recettes traditionnelles revisitées.
Elu maire de Pont-l’Évêque en 1989, Gérard Viard impulsa une dynamique nouvelle autour du développement local :
Le travail concerté de l’équipe municipale s’est appuyé sur de nombreux partenariats avec la Communauté de Communes Terre d’Auge, permettant d’obtenir des financements européens LEADER pour des projets structurants.
Au fil du XXe siècle, la force et la singularité du tissu rural local est aussi le fruit d’une organisation collective. Les syndicats agricoles, notamment la Coopérative Laitière du Pays d’Auge, fondée en 1934, ont permis :
Les destins de celles et ceux qui ont façonné la prospérité du secteur de Pont-l’Évêque n’appartiennent pas seulement au passé. Le territoire continue d’inspirer de jeunes entrepreneurs, artisans d’art, vignerons expérimentaux ou créateurs d’activités nautiques, qui à leur tour, initient de nouveaux cycles de développement. La transmission apparaît aujourd’hui comme un enjeu central, à la croisée des chemins entre le respect du patrimoine bâti et naturel, et l’appel à l’innovation chère à toutes les générations de figures locales.
Découvrir l’histoire économique du territoire, c’est ainsi mesurer à quel point il est vivant et traversé d’initiatives. Marcher autour du lac, c’est suivre les pas de ces pionniers dont les gestes et les choix sont inscrits dans le tissu social, les paysages et l’art de vivre local. Un récit toujours en mouvement, à observer dans chaque verger, chaque marché, chaque chantier, chaque table d’auberge…
Sources :